Voix Plurielles (2014-12-01)

De trop – l’infini. À l’écoute de Raphaël Cendo avec Jean-Luc Nancy

  • Cosmin Toma

Journal volume & issue
Vol. 11, no. 2
pp. 9 – 19

Abstract

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Qu’est-ce qu’une musique de fin de monde ? Avec son Introduction aux ténèbres (2009), le compositeur français Raphaël Cendo nous donne à entendre l’excès infini de la fin des fins, en travaillant à la fois ce qu’il appelle la « saturation » et l’« infrasaturation » du son à travers une partition où l’inachèvement est redéfini comme ce qui, dans l’art musical, est de trop, c’est-à-dire ce qui passe outre la création du monde. Une telle conception de la musique rappelle certains textes-clé du philosophe Jean-Luc Nancy (dont À l’écoute, TROP et « De l’œuvre et des œuvres »), où l’art des sons est repensé comme « ressentir » exemplaire, c’est-à-dire comme la structure même de la réflexion ou vibration d’un sens à la limite d’un monde finissant, jusqu’à l’excès d’une sorte de résurrection d’où le nom de Dieu a été évacué au nom de la musique des ténèbres. ABSTRACT What does music sound like at world’s end? With his Introduction aux ténèbres (Introduction to Darkness, 2009), French composer Raphaël Cendo scores the infinite excess of the end-all, simultaneously foregrounding what he calls the “saturation” and “infrasaturation” of sound. Indeed, his work redefines unfinishedness as that which lies in excess, overriding the creation of the world. This conception of music recalls some of French philosopher Jean-Luc Nancy’s key writings on the matter (most notably Listening, TROP and “De l’œuvre et des œuvres”), which rethink the art of sound as a particularly significant and intense kind of “feeling” or “sense”. More specifically, what is at stake here is the very structure that reflects meaning or sense when it reaches its end—the end of the world—sounding and resounding its way towards a kind of nameless, “godless” resurrection, where the music of darkness is all that’s left.

Keywords