Revue de Primatologie (Mar 2015)

Mise au point d'un protocole d'évaluation du stress chez les primates captifs et sauvages

  • Morgane Debuigne,
  • Victor Narat,
  • Baptiste Sadoughi,
  • Michel Saint Jalme,
  • Sabrina Krief

DOI
https://doi.org/10.4000/primatologie.2159
Journal volume & issue
Vol. 6

Abstract

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Si le stress est un mécanisme adaptatif qui permet aux populations sauvages et captives de s'adapter à une situation donnée, il peut également s'avérer délétère : immunodépression, troubles reproducteurs, cardiovasculaires, digestifs, neurologiques, etc. Inhérent à la notion de bien-être animal, il s'agit toutefois d'un phénomène difficile à quantifier et à évaluer. A travers cette étude, nous avons cherché à définir un protocole de dosage du cortisol utilisable en routine chez de nombreuses espèces de primates, afin d'évaluer le bien-être des animaux en milieu captif et de tester les protocoles existants sur des échantillons prélevés en milieu sauvage. Les objectifs de l'étude sont les suivants : 1/ Mettre au point un protocole de récolte non invasif d'échantillons biologiques en captivité, 2/ Évaluer les variations physiologiques liées au cycle nycthéméral du cortisol, 3/ Comparer deux méthodes d'extraction du cortisol fécal, à savoir une méthode de terrain à une méthode de laboratoire, 4/ Tester la faisabilité de l'évaluation du stress chronique à travers le dosage du cortisol dans le poil. Cette étude préliminaire s'est déroulée en juillet et août 2014 au Muséum national d'Histoire naturelle. Nous avons travaillé sur les orangs-outans (OO) de Bornéo de la ménagerie du Jardin des Plantes (n=3) et sur deux groupes de babouins de Guinée mâles au Parc Zoologique de Paris (n=7+5). Le stress aigu a été étudié chez les OO par le prélèvement de fèces (n=30) en juillet associé à des prélèvements salivaires sur 12 jours en juillet, le matin (n=39) et le soir (n=41), puis pendant 16 jours en août seulement le matin (n=46). Deux mois après une coupe de poils sur l'avant-bras (4*4 cm) des 3 OO, des analyses de cortisol pilaire ont été faites sur la repousse pour évaluer le stress chronique. En milieu naturel, nous avons récolté des échantillons provenant de chimpanzés en Ouganda (2 lots de poils et 20 fèces), de bonobos en RDC (20 fèces) et de gorilles au Cameroun (2 lots de poils). Les dosages du cortisol dans ces différents matériaux biologiques ont été réalisés en duplicata par méthode ELISA. Les résultats des dosages du cortisol salivaire, pilaire ou fécal sont cohérents avec ceux de la bibliographie. Grâce à un travail d'habituation et de training, nous avons pu obtenir des poils facilement et avons pu mettre au point un système de récupération de la salive plusieurs fois par jour. La différence de concentration en cortisol salivaire entre le matin et le soir n'était pas significative, suggérant une absence de variations nycthémérales. Nous n'avons pas mis en évidence de différence significative dans les concentrations en cortisol fécal (n=30 fèces d'orangs-outans) entre les méthodes d'extraction de terrain et de laboratoire, validant la méthode de terrain pour les grands singes en milieu naturel. Les dosages du cortisol pilaire après 2 mois de repousse ont permis d'évaluer un stress chronique sur une période connue. Ces résultats préliminaires permettent de valider les protocoles employés et la mise en place d'études plus approfondies sur l'évaluation du stress par dosage de cortisol chez les primates en milieu naturel et en captivité

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