Natures Sciences Sociétés (Jan 2020)

À propos de l’ouvrage d’Alain Pavé Comprendre la biodiversité. Vrais problèmes et idées fausses

  • Blondel Jacques

DOI
https://doi.org/10.1051/nss/2020021
Journal volume & issue
Vol. 28, no. 1
pp. 73 – 80

Abstract

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L’objet du livre d’Alain Pavé, Comprendre la biodiversité. Vrais problèmes et idées fausses, paru en 2019 au Seuil, est de retracer l’histoire du concept de biodiversité qui exprime et concrétise l’inquiétude que suscite son déclin. Son propos est d’examiner comment ce terme polysémique est utilisé, parfois à tort et à travers, étant précisé que le concept intéresse à la fois les sciences de la nature et les sciences de l’homme et de la société dans un souci d’étude, de valorisation et de partage des avantages procurés aux sociétés par la biodiversité. Construit en huit chapitres, l’ouvrage part d’exemples et d’expériences, développe la question des inventaires de biodiversité et des méthodes et métriques utilisées pour la qualifier et la quantifier. L’évolution de la biodiversité au cours des 600 derniers millions d’années est abordée à partir de la phylogénétique moléculaire et le rôle du hasard dans les variations de biodiversité globale est souligné. Quant à la projection dans le futur, elle est abordée par une réflexion critique sur l’existence même d’un déclin de la biodiversité. La manière dont les écologues parlent de la biodiversité, l’étudient et prétendent la conserver est l’objet d’une sévère remise en cause de la démarche scientifique actuelle. D’où la nécessité d’une reconstruction de l’écologie scientifique, y compris dans le domaine de la conservation jugée pratiquée d’une façon passéiste, voire fixiste. Puis l’auteur revient sur le thème de la modélisation qui permet d’intégrer le hasard dans la compréhension de l’évolution des systèmes biologiques. L’ouvrage propose une lecture très personnelle du concept de biodiversité et dénonce le catastrophisme ambiant qui se nourrit d’affirmations jugées péremptoires et trop pessimistes, y compris quand on parle d’une 6e crise d’extinction de masse dont la réalité est contestée. Mais il est loin de faire justice d’une immense littérature qui traduit le dynamisme de la recherche en écologie et évolution. Cette très faible pénétration dans la littérature entraîne souvent le discours dans des considérations naïves et dépassées sur des concepts fondateurs de l’écologie. L’ouvrage paraît être victime du syndrome, bien connu des philosophes des sciences, de la fascination du chercheur pour son outil de travail et la culture de l’effet que ses écrits produisent dans le « grand cirque de la science ». Partielle et partiale, la bibliographie ne fait pratiquement jamais appel aux milliers d’articles publiés chaque année par des milliers d’auteurs dans les grandes revues internationales, y compris celles qui font périodiquement le point sur l’état des connaissances sur ces questions.

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